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La sagesse

Maria Thunholm

Johan Nilsson lit un quotidien au café Tratten, en regardant l’église de Sankta Ragnhild, le marché sur Stortorget avec tous les marchands, il détestait ces étrangers, ils avaient foutu la merde à Södertälje. Pourtant c’était une femme, ses yeux furent remarquables, il sortit avec ses potes de la résistance, ils parlèrent souvent de dégager ces étrangers qui envahissent la Suède. Le royaume de Suéde en sera perdu un beau jour. NMR, ces lettres furent sa fierté et pourtant, la femme de sa vie était-elle Musulmane ? Il avait honte de tomber amoureux d’une Musulmane, d’une ennemie.

« Tu penses un peu trop, mon cher ami. » son pote d’enfance Lionel lui regarda, sa mère originaire de l’Écossé, son père était né à « Lasarettet », l’hôpital de Södertälje. « N’oublie pas, il faut mener le combat pour la bonne cause. »

Johan regarda Lionel, en réfléchissant il répondit. « Je pense à une fille, je crois que le combat pourrait attendre. »

« Génial, tu as trouvé une meuf. » Lionel sourit pendant le temps qu’il étudia le regard de Johan. Pourtant, quelque chose clochait. « C’est qui ? »

Johan regarda un groupe de femmes qui s’approcha, elle était là. Ses cheveux longs, bruns, il ne trouvait pas les mots, mais les yeux furent vifs, il les adora. Puis son rire, il ne put rien dire à Lionel. « Une femme extraordinaire, avec ses yeux magnifiques. »

Lionel sourit, un bref regard l’assura. « Je suis content pour toi, il en était temps. »

Johan entendit les voix des femmes dans l’escalier, elle était là et elle montait ces marches, il se sentit faible. Il savait qu’elle s’appelait Myriam, il était sûr de soi, elle est Musulmane. Il regarda les locaux, les murs avec ses tableaux, le plafond sombre avec plafonniers en cristaux, il pensait que son grand-père avait visité ce café dans sa jeunesse et que rien n’a changé depuis le début de vingtième siècle. Elle était habillé en une robe sublime, il devrait cacher son regard, mais ce robe rouge la rendit encore plus belle.

Lionel vit les jeunes femmes entrer. « Putain, ces satanées Musulmanes ne nous laissent jamais tranquilles. »

Johan vit Myriam lever son regard, elle le reconnut et regarda avec ferveur le regard mesquin de Lionel. Elle en fut déçue, son regard le démontra. Johan siffla, il regarda Lionel avec incertitude. « Tu sais, je ne suis pas sûr qu’elles sont Musulmanes. »

« Quoi ? » la déception de Lionel dans sa voix fut claire. « Putain, ça se voit et ces gens-là envahissent notre pays. »

« Je ne suis pas si sûr, j’ai appris que certains sont Chrétiens au Moyen-Orient, les Coptes. » Johan regard en même temps la réaction de Myriam, elle semblait être confuse.

« Ces gens-là sont nos ennemis, capisce ? » Lionel s’énerva.

« Nos ennemis ? » Johan réfléchissait. « J’ai cru à ta parole, mais je n’ai rien vu de tel… »

« Mec, tu es avec nous, l’un de nôtres. » La rage dans le regard de Lionel fut claire.

Pendant ce court moment Myriam s’approcha et elle donna une baffe à Lionel. « Qui es-tu à me juger ? À nous juger ? » Elle s’apprêta à baffer Johan, mais elle s’arrêta. « Tu as raison, certains d’entre nous sommes des Coptes. »

« Pute, pourquoi tu m’as frappé ? » Lionel se leva très rapidement et leva sa main et s’apprêta à la frapper. « Tu as besoin d’une bonne leçon. Ici c’est notre territoire. »

Johan vit la chaise tomber et cette scène lui déplaisait, on ne frappe jamais une femme, même une Musulmane. Il se leva également, en sautant et sa chaise tombait derrière lui, il sautait sur Lionel. « Ne la frappe surtout pas ! »

« Je suis Chrétienne, mes copines sont des Musulmanes et Chrétiennes. » Myriam regarda Lionel dans les yeux. « Frappe-moi, cela montrera ta faiblesse. »

Lionel sentit la main de Johan, il l’empêcha de frapper Myriam. « Tu es un traître ! »

« Tu m’as posé une question. C’est celle-là, je l’aime et rien ne m’empêche de le dire, même si elle ne peut m’aimer. » il étudia la réaction de Myriam. « Oui, j’ai été con, extrêmement con. »

« Merci, mais je crois que tu peux le laisser partir, le perdant c’est lui. » Myriam sourit et elle entendit la voix de la propriétaire derrière elle.

« Quittez immédiatement mon établissement ! » elle était petite, mais sa voix fut effrayante.

Johan commença à marcher vers l’escalier et Lionel baissa sa garde, prit ses affaires en allant vers l’escalier.

« Johan, tu peux rester. » la propriétaire prit la main de Johan. « Tu sais, ta mère est mon amie et je crois bien que tu lui as rendu sa fierté, j’ai tout vu. » elle regarda Myriam qui resta debout à côté de la table où ils avaient été assis. « Je crois que vous avez quelque chose à vous dire. »

Johan se retourna en regardant Myriam prendre la chaise de Lionel, elle s’asseyait et fut signe à Johan de s’approcher. « Je le crois bien. »

« Je vous offre quelque chose, vous verrez. » la propriétaire descendit en souriant.

Myriam vit Johan s’asseoir et elle regarda avec incertitude. « Je me demande juste une chose. »

Johan sourit avec nervosité. « Dit-le-moi. »

« Pourquoi as-tu rejoint un groupe de Nazi ? » elle l’étudia. « Tu es un bon gars. »

« Ben, je crois que je cherchais une communauté, une famille. » il baissa son regard. « Je viens d’une famille, disons, je cherche le mot. » il regarda ses mains. « Une famille d’enfer. » il regarda Myriam dans les yeux. « Mon père frappait ma mère et avec moi, je n’arrive même pas à le dire. »

Elle lui regarda avec un regard curieux et compassant à la fois. « Donc ils t’accueillaient et tu croyais avoir trouvé une famille. Qu’a ton père fait ? Il te frappait également ? »

Johan commença à pleurer, tant d’années d’avoir joué le dur. « Il l’a fait, en plus il a couché avec ma sœur. Elle s’est suicidée et je me retrouvais seul. »

Myriam avait un sourire triste. « Tu n’es plus seul, il y a de gens qui pensent à toi. C’est horrible ton histoire. »

Il sourit à nouveau en essuyant ses larmes. « Et toi ? Quelle est ton histoire ? »

« Tu sais, je viens de Liban. On vivait côte à côte, Musulmans et Chrétiens avant la guerre, avant l’arrivée des extrémistes. J’avais cinq ans et ma famille quittait le Liban quand la guerre s’éclata. On est Chrétiens si tu le demandes, nos amis sont Musulmans, mais on partage cette souffrance. »

Johan la regarda avec curiosité. « Et tu as la force de m’en parler, tu m’impressionnes. »

Myriam prit la main de Johan. « Tu sais, on a tous vécu une tragédie, il ne faut pas négliger la tienne. » elle sourit chaleureusement. « C’est vrai que tu m’aimes ? »

Johan regarda Myriam dans les yeux. « Oui, tes yeux m’ont fait tomber amoureux de toi et ton sourire. »

Myriam fut gênée. « Ben, j’aime ton sourire. Je voulais t’en parler avant, mais tu étais avec eux et je t’aime également. »

Johan regarda le sourire de Myriam. « Un nouveau départ, j’ai besoin de l’aide pour ma nouvelle vie. »

« Je serai là, compte sur moi. » Myriam prit à nouveau la main de Johan.

Johan serra la main de Myriam, pas un mot de ses lèvres, juste le silence et son sourire qui montra son contentement. Ils restèrent là un long temps, la propriétaire avait préparé une bonne salade de thon et elle repartit avec un sourire gai, elle téléphona la mère de Johan.

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